Méthodologie P. Marcelé 2/

Publié le par LSF

 MISE EN RELATION DE DOCUMENTS Cours n° 2 Introduction La mise en relation des documents est obligatoire dans deux épreuves au moins ayant une connotation théorique : l’épreuve d’admissibilité dite de « culture générale » et l’épreuve d’admission dite « sur dossier ». Mais elle est aussi concevable pour les épreuves pratiques, comme ce fut le cas, pour l’épreuve pratique d’admissibilité. Enfin, elle est obligatoire pour l’écrit comme pour la pratique, au Capes interne. Même si ce dernier concours ne concerne qu’une minorité d’entre vous, il montre que la mise en relation des documents est au centre de la demande institutionnelle et de l’esprit du concours considéré comme un tout. L’important pour nous est donc de cerner cette demande, de tenter de bien la comprendre pour essayer de voir comment y répondre au mieux dans les conditions du concours. Les textes officiels Les composants du sujet : les documents (textuels et iconiques) et leurs rapports à la question. Nous pouvons commencer par une remarque déjà faite lors du précédent cours : Le sujet forme un tout. Que ce soit pour l’épreuve de « culture générale » d’admissibilité ou pour l’épreuve « sur dossier » de l’admission, le candidat est confronté à un ensemble de documents, qui constituent ensemble, le sujet à traiter. Ceci doit être clair d’emblée : quel que soit l’ordre dans lequel on les aborde et la méthode qu’on adopte pour les analyser, que l’on opte pour une approche thématique ou pour une approche document par document, le sujet est une unité. Cela signifie : 1. Qu’il n’y a pas plusieurs sujets en fonction du nombre de documents, qu’il serait possible de traiter l’un après l’autre de façon descriptive (ce que dénonce le rapport 2005), quitte à tenter au bout du compte de plaquer une synthèse qui ne pourrait être, dans ces conditions, que formelle. Ceci n’est pas contradictoire avec les exigences évidentes des impératifs d’un développement. Il vous est bien sûr impossible de parler des trois documents à la fois, d’autant que le cadre imposé, pour le Capes externe, vous oblige à vous focaliser d’abord, sur le document « d’arts plastiques ». Un seul sujet, cela veut dire : prendre en compte la problématique donnée en général au point 2, la construire, en comprendre les enjeux et la traiter de façon différenciée selon un plan. 2. Que tous les documents interviennent dans la définition du sujet et qu’il est impossible d’en laisser un sur la touche, sauf s’il est expressément affirmé que certains documents peuvent ne pas être retenus. (c’est le cas par exemple, pour le Capes interne en ce qui concerne l’épreuve sur dossier d’admission). Je précise bien qu’il s’agit de « documents » et non seulement d’images. J’insiste sur ce point. J’ai développé dans le cours précédent sur cette part textuelle du sujet que le cadre réglementaire désigne par la formule « consignes précises » et qui en général, énonce la question, la problématique à développer. Mais ici, il s’agit, d’autre chose. En effet, un texte peut être, en tant que texte, constitutif du sujet au même titre, c’est-à-dire avec le même statut, que les documents iconiques : Ce texte peut être une citation ou un texte théorique. Il apparaît fréquemment dans l’épreuve sur dossier, mais rien n’interdit à ma connaissance qu’il ne puisse pas être introduit ailleurs, dans l’épreuve de culture générale notamment comme ce fut le cas l’année dernière, en 2005, avec la citation de Rosalind Krauss. Le rapport de jury 2005 note : « Le texte de R Krauss, s’il a été lu, n’a pas été suffisamment pris en compte ». Le rapport de jury sur l’épreuve sur dossier 2004 (arts appliqués). Ce document textuel court (ne dépassant pas 6 à 7 lignes) peut être un extrait des programmes officiels, de textes institutionnels, ou encore peut provenir d’écrits, d’entretiens d’artistes, de designers, ou de critiques. Il permet d’ouvrir un autre point de vue, une piste possible de recherche. S’il permet « d’ouvrir un autre point de vue », de dégager une « piste de recherche », c’est qu’il joue dans le sujet un rôle comparable aux documents iconiques proprement dits. Dans le cadre d’une réflexion sur la mise en relation des documents, ces documents textuels sont incontournables. Le même rapport donne une définition du profil de l’épreuve sur dossier qui a le mérite de mettre l’accent sur sa globalité et qui, d’un point de vue méthodologique, est valable pour toutes les épreuves : Chacun des dossiers comprend, outre un rappel des conditions légales de l’épreuve : un titre, des reproductions, des éléments textuels et une question. Cette formule donne en grande partie le visage réel de l’épreuve. Ce qui donne donc « le visage réel de l’épreuve » c’est donc la totalité de ses composants, mais à des niveaux différents. Ainsi quant aux textes, le rapport établit des distinctions qui correspondent à des places spécifiques dans le sujet : Le titre, les éléments textuels, la question (« consignes »). Mais seuls les « éléments textuels » entrent dans la catégorie des « documents » à prendre en compte comme les autres documents (reproductions) et à mettre en relation en fonction de la question qui, elle, a une place à part : elle chapeaute l’ensemble. Il ne suffit donc pas de prendre en compte la totalité des composants, il faut encore les comprendre dans l’économie du sujet. Ces distinctions doivent être poursuivies en ce qui concerne les documents eux-mêmes, qui ne doivent pas être mis sur le même plan. Reprenons les textes officiels ou les rapports de jurys. La primauté du document d’arts plastiques Voici ce qu’on lit dans les textes réglementaires : Pour l’épreuve de culture générale : Il est demandé au candidat : 1. d’une part, d’organiser une analyse plastique, technique, esthétique, sémantique, du document relatif aux arts plastiques ; 2. d’autre part, de rédiger une étude synthétique de l’ensemble des trois documents prenant notamment en compte leurs dimensions historique, sociale et culturelle. Le point de départ est clairement donné par le document dit d’arts plastiques, les autres documents ne venant que dans un second temps. Pour l’épreuve orale sur dossier la formulation est la suivante : Le dossier comprend des documents visuels ou textuels concernant, pour une part dominante, les arts plastiques, etc. Là encore, nous retrouvons la prééminence du document d’arts plastiques. Donc, dans les deux cas, c’est autour de lui que s’ordonne prioritairement l’épreuve. On peut donc admettre une sorte de hiérarchie implicite entre les documents. Le document d’arts plastiques « vaut » plus, en quelque sorte. Il est en général clairement désigné dans le sujet de l’épreuve de culture générale comme « document n° 1 », ce qui en principe évite toutes confusions. Ces confusions sont possibles puisqu’on peut tout de même remarquer l’ambiguïté de la formule « relatif aux arts plastiques ». Elle rejoint celle, tout aussi ambiguë adoptée pour situer les autres documents, présentés comme « proches des arts plastiques ». Ainsi la photographie par ex., dans le cadre de l’épreuve de culture générale, est un médium « proche » seulement des arts plastiques ce qui peut rendre difficilement situable une œuvre de C. Sherman par ex. Par contre, pour l’épreuve sur dossier, elle est considérée comme un médium plastique à part entière, et a disparu comme option. Ce sont là des incertitudes du concours, qu’il faut apprendre à maîtriser car il est important de ne point se tromper. C’est vrai aussi pour l’épreuve sur dossier d’admission. Le rapport de jury (arts appliqués) 2004 insiste sur une bonne caractérisation des documents : Il faut analyser chaque document suivant la spécificité du médium : un document présentant une chaise ou une photo de reportage ne s’aborde pas comme une reproduction de tableau ou comme une photo d’une installation. De même, la lecture d’une citation demande une investigation quant à la structure de la phrase, des mots employés et du sens qui s’en dégage. Le discernement et l’articulation des documents situés dans les champs respectifs des arts appliqués et des arts plastiques doivent apparaître. Le rapport 2005, toujours en Arts appliqués, va plus loin encore au point d’opposer radicalement les notions « d’artiste et de concepteurs » ou celles « d’œuvres et d’objet relevant des arts appliqués ». Nous lisons : Il est en effet important que la distinction arts plastiques / arts appliqués soit parfaitement claire dans l’esprit du candidat et qu’il puisse l’affirmer sans hésitation face au jury. Encore cette année trop de confusions sont relevées concernant le statut des documents et des travaux qu’ils présentent. Emploi du mot artiste pour parler du concepteur par exemple ou du terme d’œuvre pour parler d’un objet appartenant au champ des arts appliqués. Bien sûr, il s’agit là du rapport de l’épreuve sur dossier où les documents d’arts plastiques doivent s’articuler avec ceux de l’option sans pour autant se confondre. Mais cette distinction des documents « dans leurs champs respectifs » est valable pour toutes les épreuves. Nous pouvons résumer en deux points cette première lecture des textes officiels : 1. Tout d’abord, le sujet est ordonné autour du (ou des) document(s) dit(s) « d’arts plastiques ». C’est lui qui devra vertébrer la copie dans l’épreuve de culture générale et l’exposé dans l’épreuve sur dossier. 2. Les documents doivent être analysés dans leur spécificité : Un document d’arts appliqués ou d’architecture n’est pas un tableau, etc. Ceci devant être compris à différents niveaux, sémantiques, sociologiques, artistiques…On peut même dire (mais n’anticipons pas trop), que c’est sur la prise en compte de ces spécificités et de leur bonne caractérisation, que sera fondée la mise en relation. On peut constater que ces deux points rejoignent les deux parties données par le cadre réglementaire pour l’épreuve de culture générale, même lorsque nous parlons d’autres épreuves, comme celle sur dossier (CF plus haut). Ce n’est pas un hasard et c’est pourquoi je crois nécessaire d’accorder ici, une importance particulière à cette épreuve. L’épreuve de culture générale. Cette épreuve est la seule qui soit consacrée à la prise en compte des documents sans autres finalités que de les analyser. Les autres épreuves subordonnent cette prise en compte soit à une réalisation plastique, soit à une transposition didactique. Pour elles, l’analyse des documents n’est qu’un tremplin, aussi indispensable soit-il. L’épreuve de culture générale, elle, n’a pas d’autres buts que de vérifier en principe, la culture générale des candidats. Elle attend d’eux qu’ils fassent la preuve de leur capacité à analyser une œuvre, ou un ensemble d’œuvres, et à les situer dans leurs relations réciproques. C’est, ne l’oublions pas, une épreuve dont « le but est de repérer chez le candidat une logique de raisonnement… ». En ce sens, bien qu’elle soit l’épreuve la plus bassement coéfficientée, elle peut être considérée comme significative d’une des attentes majeures du concours. Outre le fait, qu’elle est tout de même indispensable pour accéder à l’admission, c’est ce qui justifie que nous lui accordions une attention particulière. Reprenons les deux points dégagés par le cadre réglementaire: 1. Une prise en compte du document d’arts plastiques aux quadruples niveaux, plastique, technique, sémantique, esthétique, et en relation avec la question posée, par ex., « rêve et réalité », ou « la pratique de l’appropriation ». 2. Une mise en contexte de ce document (œuvre) et de la question en s’appuyant sur les 2 autres documents (qui ne sont pas forcément des œuvres, au sens d’œuvres d’art) pour la situer sur le plan historique, social et culturel. Nous avons donc deux parties, expressément définies comme telles, et pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté, il est précisé qu’elles seront évaluées séparément et à part égale. Ces deux parties que nous les retrouvons dans l’énoncé des sujets : Voici comment était formulé le sujet 2003, qui mettait en présence une œuvre d’Ernest Pignon-Ernest, une architecture de Reichlin et Portoghesi, et une photographie de Victor Schrager : Il vous est demandé : 1. d’organiser une analyse plastique, technique, esthétique, sémantique du document relatif aux arts plastiques ; 2. d’étudier comment sont mis en jeu emprunts et citations dans les trois documents proposés Le sujet de 2004, reprend le même principe : Il vous est demandé. 1. D’organiser une analyse plastique, technique, esthétique, sémantique du document relatif aux arts plastiques (« Conversation intime » de Lewis) 2. De vous interroger, en vous appuyant sur les trois documents proposés, sur l’écart entre rêve et réalité de l’Orient Le sujet de 2005 fait de même : Il vous est demandé : 1. d’organiser une analyse plastique, technique, esthétique, sémantique du document relatif aux arts plastiques, qui permettra de dégager le sens général de l’œuvre. 2. de vous interroger, à partir des trois documents proposés sur la pratique de l’appropriation. Il faut cependant remarquer que le rapport de 2005 introduit deux variantes par rapport aux précédents : 1. Pour le point 1, il est précisé qu’il s’agira de « dégager le sens général de l’œuvre », autrement dit, il insiste sur la spécificité de cette première partie clairement focalisée sur l’œuvre d’arts plastiques. 2. Le point 2 par contre souligne en gras la problématique du sujet « la pratique de l’appropriation ». La formulation du rapport de 2005 renforce donc l’impératif des deux parties en spécifiant clairement quelles en sont les attentes. En soulignant particulièrement la problématique du sujet, elle conditionne sous quel angle et sous quelle orientation doit être menée l’analyse des documents iconiques et textuels (citation de R Krauss). Il ne s’agit donc pas de parler d’autre chose, ce qui nous renvoie à la question du hors sujet abordée dans le cours précédent. Les rapports de jury des trois dernières années insistent tous sur ces deux parties exigées, mais avec des nuances. Le rapport de 2003 insistait sur la nécessité d’une construction en deux parties comme devant ordonner le plan même du devoir. Celui de 2004 fait preuve de moins de rigidité. Celui de 2005 est lui très net : Puisqu'il est demandé au candidat une approche en deux parties, on pourrait s'attendre à trouver une première introduction avec un questionnement propre à l'analyse du document relatif aux arts plastiques et une deuxième introduction avec un questionnement élaboré à partir de la demande du sujet et de la confrontation des trois documents proposés. Ceci éviterait peut-être les introductions longues et fastidieuses avec de fausses problématiques comme, par exemple : "ce qui relierait ces trois documents serait l'idée d'une synthèse des arts" et permettrait ainsi une meilleure lisibilité des intentions du candidat. Pour résumer, nous pouvons dire qu’il s’agit de traiter une problématique formulée par la question, articulée sur le document dit d’arts plastiques (qu’il faut plus discuter que décrire) et élargie par la mise en relation avec les autres documents, pris pour ce qu’ils sont, dans leur particularisme et la spécificité de leur médium. C’est donc à ce niveau que s’articule la mise en relation : elle aide à poursuivre la discussion sur le document 1 en approfondissant la question, en la complexifiant par de nouvelles perspectives, historiques, sociologiques, culturelles… Il s’agit donc, à partir de la seconde partie de franchir un nouveau niveau de l’analyse. Il ne s’agit pas « d’oublier » le document d’arts plastiques au profit des deux autres, mais de le situer dans son contexte à l’aide du document d’archi et du document « proche des arts plastiques ». Ces deux derniers servent à prolonger la réflexion sur le document 1 en le resituant dans son environnement, c’est-à-dire le champ artistique et social. Trop souvent on trouve des devoirs non pas en deux parties mais en trois, encadrés par une introduction et une conclusion qui tente une vague synthèse. Ce type de plan, qui met les trois documents iconiques au même niveau, est à rejeter absolument. Il ne répond pas à la demande du concours. Les documents d’archi et « proches » des arts plastiques sont confrontés avec le document d’arts plastiques par le sujet. L’important est de dégager des relations qui portent sens, qui permettent la synthèse, ou si l’on préfère, la généralisation en fonction de la question posée. J’insiste, au risque de paraître lourd et en décidant délibérément de me répéter, sur l’importance, comme fil conducteur, de la question à tous les niveaux de la composition. C’est à partir d’elle que doit s’opérer la prise en compte du document d’arts plastiques (c’est ce sur quoi j’ai insisté, il y a 15 jours), c’est encore à partir d’elle que s’opéreront les mises en relation. Je renvoie, une fois encore, au texte du rapport de 2004 cité dans le précédent cours : « Le but n’est pas de faire état de connaissances sur l’orientalisme en général ». Le rapport 2005 dit quant à lui pour cette seconde partie : « Être capable d’élaborer une problématique à partir de la question posée ». Le danger serait de s’en tenir à une attitude descriptive ou de partir avec des à priori ou des schémas comme celui-ci : « si l’on a réuni ces documents c’est qu’ils doivent forcément se ressembler ». Et l’on cherche les ressemblances comme dans un jeu de société. On en fait la liste et finalement, on ne sait pas trop qu’en faire pour la synthèse. Bien sûr, c’est là une caricature. Mais peu ou prou, c’est à cette caricature qu’on en arrive dès lors qu’on oublie la question à traiter. Car c’est au travers de son prisme que se construisent les relations et non sur de simples analogies visuelles qui, de toute façon, seront encore des interprétations, mais peut être pas celles exigées par le sujet. Il n’y a pas de « voir pur », ai-je dit dans le précédent cours. Je n’y reviens pas. L’important est de comprendre qu’il faut diriger son « voir » et bien le diriger. Les relations entre les documents peuvent être complexes et se jouer, dans les oppositions autant que dans les ressemblances. On apprend autant d’une œuvre par ce à quoi elle s’oppose, que par ce qui la prolonge. Ce sont parfois des relations d’opposition qui permettront la synthèse dès lors qu’elles contribuent à nourrir la problématique. Dans le sujet 2004 qui vous intéresse particulièrement puisqu’il porte sur une question qui est toujours au programme, la photographie de Bonfils qui est à l’évidence une mise en scène en atelier, une reconstitution en fonction des attentes d’un public et d’époque, véhicule toute l’idéologie contradictoire d’une société industrielle à la fois conquérante et fascinée par son contraire, le retour aux sources, le primitivisme… Cette photo est inséparable de la montée en force du colonialisme et en même temps de ce « mal du siècle » dont parlent les poètes. Cette photo prise en 1880 est impensable hors du contexte de la seconde moitié du XIX° siècle. Elle est impensable pour nous en tout cas, en 2004. Dans quelle mesure nous aide-t-elle à situer l’œuvre de Lewis peinte quelques années avant ; dans quelle mesure sa relative simplicité nous aide à décrypter ou nuancer, la relative complexité de la peinture ? Le document d’archi (document 2) est ambigu, parce qu’il est – comme c’est souvent le cas des documents d’archi – un témoignage sur une construction et une photo de cette construction. Son statut, dans le cadre de cette épreuve, nous oblige en principe à le prendre dans le premier sens. Mais ici, il est difficile de s’en tenir là, sachant que la photo de Portier a été prise vers 1870 et qu’elle concrétise donc, elle aussi, un regard sur l’orient à peu près contemporain de celui de Lewis et de Bonfils. Qu’on le veuille ou non, elle a un double statut. En tant que document d’archi « brut » elle témoigne des préoccupations archéologiques ou ethnologiques, qui est aussi une marque de l’orientalisme et qui se retrouvent chez Lewis et même chez Bonfils. En tant que photo, par sa mise en scène, son organisation plastique, elle participe au regard sur l’orient que décline sous une autre forme la peinture de Lewis. La lumière, dans les deux cas, vient de la droite et annonce un extérieur violement ensoleillé mais non véritablement montré. Elle n’est pas sans faire penser à la mise en scène des « Femmes d’Alger », bien que dans cette oeuvre, la lumière vienne de la gauche. Cet exemple n’en montre pas moins que la mise en relation peut très bien s’ouvrir à d’autres œuvres, dès lors qu’elles servent à traiter le sujet. Nous n’irons pas plus loin. Notre propos n’est pas de traiter, y compris à titre d’exemple, le sujet 2004. Je rappelle que notre ambition est seulement méthodologique et c’est délibérément que nous nous en tiendrons, pour l’essentiel, à la théorie. C’est pourquoi, après l’examen des textes officiels, je ne crois pas inutile de prendre du recul et de nous demander quels sont les fondements théoriques du concept de mise en relation. Mises en relation : soubassements théoriques. L’analyse, dans le précédent cours, de la « Phryné » de Gérôme, bien qu’ayant pour objet l’analyse d’œuvre en tant que telle, avait pourtant opéré, sans le dire, par des mises en relation, et ce à différents niveaux. · Au niveau historique d’abord, puisque pour la situer nous avions fait des retours sur le tableau d’histoire et le tableau de genre, sur l’antique et l’art classique et néoclassique · Au niveau culturel ensuite, puisque nous avons tenté de montrer que cette œuvre s’inscrivait dans les débats artistiques contemporains. · Au niveau de l’œuvre globale de Gérôme enfin, puisque nous avons vu que des thèmes du tableau avaient trouvé un développement, bien que sous une autre forme, à la fin de sa vie. Il aurait été possible d’établir des relations aussi avec ses productions « orientalistes » et de montrer qu’au fond sa « Phryné » est une œuvre orientaliste ou qu’elle donne un éclairage sur le sens de son orientalisme. Nous aurions pu pousser plus loin et montrer les continuités et les démarquages avec la tradition iconique, notamment en ce qui concerne la position de Phryné. J’ai évoqué, sans développer, les liens avec la tradition antique des « Vénus pudica » en passant part la « Naissance de Vénus » de Botticelli (diapos) qui témoignent d’une dialectique du « montré-caché » qui d’une certaine façon est encore à l’œuvre dans la « Phryné » de Gérôme, puisque son geste est à la fois un geste de pudeur (se cacher le visage de honte) et d’exposition (il montre tout). Mais la posture choisie par Gérôme se retrouve à l’identique ou presque, dans une photo de Félix Nadar (diapo) qui dans l’hypothèse (peu probable) où le tableau de Gérôme sortirait au Capes, pourrait parfaitement lui être associée. La relation entre l’iconographie de la photo et celle du tableau, qui sont strictement contemporains, témoigne d’une évolution du regard sur le corps, que pourraient confirmer d’ailleurs, de nombreuses productions d’arts graphiques appliqués, voire de la pornographie. Les documents ne manquent pas… On peut donc penser, que la mise en relation, voulue ou non par le concours, est constitutive de l’analyse des œuvres, comme en témoigne par exemple la tradition iconologique issue de Panofsky, fondée sur les références historiques et culturelles. L’œuvre apparaîtrait comme une sorte de palimpseste, dont le grattage mettrait à jour les couches enfouies, mais non véritablement supprimées, qui formeraient ce qu’on pourrait appeler son capital génétique. À ces relations nées de la continuité historique s’ajoutent celles de la proximité historique, c’est-à-dire, celles du contexte social, économique, politique et culturel qui influent sur les représentations des artistes, donc sur leurs œuvres et sur les conditions de leur création. C’est ce dernier aspect surtout qui est sollicité par le cadre du concours pour l’épreuve du Culture générale. Et il est important en effet puisque les artistes ne travaillent pas de la même façon s’ils dépendent du mécénat ou du marché de l’art, si leur public est fait de princes ou de petits-bourgeois. La « Phryné » de Gérôme se comprend aussi de ce point de vue, mais cela est vrai de l’ensemble de son œuvre, donc orientaliste. Gérôme se réfère au « Tableau d’histoire » mais dans un contexte social où le tableau d’histoire n’est plus possible. Le tableau d’histoire est intimement lié au mécénat princier, ne serait-ce que par ses dimensions. Le tableau de petit format, lui, est adapté à l’émergence du marché de l’art qui est le fait de la bourgeoisie et qui dirige l’art vers une clientèle bourgeoise, qui dispose de revenus mais non de Palais. C’est pourquoi, le marché de l’art domine déjà dans la Hollande du XVII° siècle avec des tableaux de petit format, des tableaux dit de « genre ». En France et en Italie, ce marché se constitue parallèlement au mécénat princier dès le XVII° siècle, là encore avec des tableaux de petits format introduits par la colonie des artistes hollandais de Rome. Ce sont les « bambochades ». Au XIX° siècle en France, c’est la bourgeoisie qui domine et c’est à cette époque qu’apparaissent les grands marchands (qui défendront notamment, les impressionnistes). Or la photographie prend sens dans ce contexte. Elle est une technique de production des images certes. Mais elle est aussi une technique qui vient à son heure pour satisfaire les besoins d’une bourgeoisie ascendante mais peu cultivée et de l’émergence d’une classe moyenne. Pour ces gens-là, la photographie remplace avantageusement la peinture, notamment le portrait. Mais c’est vrai aussi des paysages et des témoignages de l’art que la photo permet à bon compte. C’était là, un aspect important des rapports entre les deux photographies et l’œuvre de Lewis dans le sujet de 2004. Une démonstration similaire pourrait être faite avec la nouvelle question au programme. La fusion des médiums pour un art « global » n’est pas nouvelle. C’est à partir de ce concept, qu’à la fin de la Renaissance, à été pensé l’opéra. Quant à l’idée de « correspondance des arts » qu’aborde Etienne Souriau elle avait déjà trouvé une expression dans la théorie classique de « l’ut pictura poésis » ou même dans le « paragone des arts », c’est-à-dire le parallèle des arts, de Léonard de Vinci. Bien sûr au XX° siècle, il s’agit d’autre chose et c’est cet autre chose qu’il faut caractériser. Par exemple, on pourrait insister sur la place de la machine dans la première partie du XX° siècle. Il y a beaucoup de machines, machines à produire des images avec des sons ou avec des lumières. Or la machine n’est pas seulement présente en tant que telle dans l’art, elle l’est aussi en tant que représentation et plus particulièrement en tant que représentation symbolique. . Pensez aux mannequins de Chirico, à « L’esprit de notre Temps » d’Hausmann, aux collages ou dessins de Max Ernst…Mais pensez aussi aux Temps modernes de Chaplin, à cet être humain réifié par la machine, mais qui aussi finit par en triompher. La machine incarne des données contradictoires : une fascination et une peur devant sa « force froide » sans sentiment, d’où la volonté d’identifier les sentiments à elle comme chez Max Ernst ; une idée de progrès et une idée d’aliénation. C’est ce double aspect qu’on retrouve dans l’approche contradictoire de la reproductivité impossible sans la machine, chez Benjamin et Adorno. Sa place dans l’art est donc symbolique. Elle est aussi symptomatique. C’est ce que nous permet de conclure sa contextualisation. Elle serait impossible si nous nous en tenions au document seul. En ce sens, par le processus de la synthèse, la mise en relation des documents aide à mettre en perspective le document d’arts plastiques, à approfondir son analyse. La présence de plusieurs documents dans les sujets affirme l’idée que l’art, et plus particulièrement l’œuvre, se comprend dans son contexte et le texte réglementaire le dit sans ambiguïté : prendre en compte les « dimensions historique, sociale et culturelle ». C’est une idée qu’on peut aussi ne pas partager. Elle s’oppose à une conception de l’œuvre « phare » telle que l’exprime Baudelaire dans un poème célèbre du même nom (encore qu’en ce qui concerne la pensée contradictoire de Baudelaire, les choses soient plus compliquées). Ou encore, au concept « d’art absolu » qui s’est développé au XIX° siècle, à partir de Schelling, en passant par la théorie de « l’art pour l’art » et qui a trouvé incontestablement des résonances dans des approches modernes ou contemporaines. Mais tel est le cadre du concours, et c’est ce concours que nous préparons. Les références culturelles exigibles. Par définition, la mise en relation implique des références culturelles, soit pour pouvoir les établir, soit pour pouvoir comprendre celles qui sont données par le sujet. Dans l’épreuve de culture générale, les 3 documents sont donnés d’emblée. C’est une contrainte, mais ils peuvent aussi constituer une aide puisqu’ils sont déjà des références implicites données par le sujet, qu’il va falloir il est vrai, problématiser. Mais c’est plus compliqué en ce qui concerne l’épreuve sur dossier. Cette épreuve, bien qu’ayant pour finalité la transposition didactique, suppose la saisie des documents et il est de l’intérêt des candidats de faire preuve de culture sans pédantisme. Or dans cette épreuve les documents peuvent être nombreux et balayer tout le champ artistique ( en général 3 à 5 documents d’arts plastiques + 1 document d’option). Il est certain qu’on ne peut pas tout savoir et le risque de tomber sur des œuvres non connues ou mal connues, est réel. Il est même très probable. Ce n’est pas nécessairement un handicap si on est capable d’interpréter ces œuvres en fonction de la question posée et en mobilisant pour les observer et les analyser les connaissances que l’on a obligatoirement sur l’artiste ou à défaut, sur le période artistique dans laquelle l’œuvre s’inscrit ; sur sa composition plastique (espace, temps, couleur, composition…) ; sur sa sémantique, etc. Tout cela renvoie au cours précédent. Mais pour certaines œuvres ou pour certains artistes jugés « majeurs », ça se révéler insuffisant. Voici ce qu’on peut lire dans le rapport du jury 2004, option arts appliqués : Il s’agit souvent d’une vraie déficience dans les savoirs et les références, une inaptitude à trier parmi eux et à organiser sa pensée de façon méthodique. Des lacunes inadmissibles, à ce niveau de concours, ont été relevées (totale méconnaissance de Michel-Ange et Jérôme Bosch et de son œuvre, de Rembrandt…) C’est donc une partie de votre préparation que de colmater vos lacunes éventuelles, surtout dans l’art ancien, et plus particulièrement dans certaines périodes jugées à tort ou à raison, moins séduisantes parce que moins en harmonie avec nos préoccupations actuelles. C’est souvent le cas du classicisme ou du néo-classicisme (parfois confondus d’ailleurs) ou même de la Renaissance. Conclusion. L’épreuve de culture générale comme l’épreuve sur dossier, sont les deux épreuves qui posent le plus clairement la question de la mise en relation des documents. Mais, par-delà toutes les différences que nous avons déjà soulignées ou qui sont évidentes (finalités ; oral d’un coté, écrit de l’autre ; temps de l’analyse ; questions au programme…) elles la posent dans un esprit différent, bien qu’il relève de la même « philosophie » du concours. L’épreuve de culture générale fait de la mise en relation un instrument pour contextualiser l’œuvre d’art plastique à différents niveaux. Elle aide à la mettre en situation y compris, « extra artistique » puisqu’il vous est demandé une analyse historique et sociologique. Elle repose sur des bases principielles- comme nous l’avons vu - mais elle a aussi une valeur opérationnelle, heuristique à l’égard de l’œuvre d’arts plastiques qui reste au sommet du triangle que constitue les 3 documents. L’épreuve sur dossier par contre (comme d’ailleurs les épreuves de pratique) débouche plutôt sur des transversalités ordonnées par des notions, énoncées en général d’emblée par le sujet. Par exemple : corps et espaces ; Le point de vue ; Le mot et l’image ; la lumière ; Statut de l’objet ; etc. Il devrait en résulter une différence de posture quant à la prise en compte des documents et de leurs relations respectives. L’épreuve d’admissibilité pousse à une approche analytique que la synthèse vient ensuite généraliser. Alors que l’épreuve sur dossier demande plutôt une approche d’emblée synthétique en fonction de la notion donnée par le sujet. C’est aussi un problème de gestion de son temps. L’épreuve sur dossier dure une heure, répartie en 30mn d’exposé et 30mn d’entretien. Sur les 30mn d’exposé, 10 à 15 environ devraient être consacrée à la transposition didactique. Il en reste donc 15 à 20 pour saisir les documents. En supposant qu’on en ait 4 à 5, une démarche analytique qui prendrait les documents un par un, serait suicidaire. Bien entendu, nous aurons le temps de revenir sur l’épreuve sur dossier d’admission. Pour l’heure il est normal que vous vous concentriez sur l’épreuve de culture générale, qui avec l’épreuve pratique d’admissibilité vous ouvrira ou non, l’accès à l’admission. Mais le concours forme un tout, et il est bon dans le cadre de cette approche méthodologique, d’en comprendre l’esprit dans sa globalité.  

 

Publié dans Méthodologie

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article