Chevaux orientaux (Mathilde)

Publié le par LSF

Résumé de Mathilde à partir de l'expo de l'Institut du Monde Arabe : les chevaux orientaux (pour les chevaux aussi il y en a des occidentaux et des orientaux !!!)
Le véritable engouement pour le cheval arabe date de Bonaparte.
Lors de la bataille des Pyramides, emmenée par Mourad Bey, l'armée mamelouke, constituée de quelque neuf à dix mille cavaliers aux montures richement harnachées, manque de très peu de défaire le général français.
Bonaparte en concevra, pour le cheval arabe, une admiration indéfectible ; en provenance et en souvenir du champ de bataille, ses soldats lui offriront une superbe selle de chef mamelouke qui sera présentée dans l'exposition.
De ce jour, Bonaparte n'aura plus de monture qu'arabe et, si possible, à la robe blanche, tel Ali, l'étalon qu'il ramène en France et qu'il montera à Marengo, à Essling, à Wagram. C'est ainsi que le montrèrent David, Gros ou Horace Vernet.
Cette vraie passion de Bonaparte aura pour conséquence d'augmenter considérablement et décisivement la part de sang arabe dans les élevages et les haras français mis à mal par les conflits incessants qui agitent l'Europe.
Un authentique souci de sélection s'instaure dès lors dans l'élevage français, à l'instar de ce qui se pratique outre-Manche depuis déjà fort longtemps :"la notion de cheval arabe dans son acception rigoureuse est européenne"- constate Jean-Pierre Digard, anthropologue, membre du comité scientifique de l'exposition - et celle-ci "date au plus tôt de la fin du XVIIIe siècle".
Ce "désir d'Orient" ne reste pas enclos dans les écuries... Une véritable arabomanie s'est emparée de la société par le haut, qui s'inscrit dans la continuité des turqueries en vogue à la cour depuis le XVIIe siècle et la mode, ensuite, des sultanes de Boucher ou des pachas de Fragonnard... "L'Orient, soit comme image, soit comme pensée, est devenu pour les intelligences autant que pour les imaginations une sorte de préoccupation générale", remarque Victor Hugo, en 1829, dans la préface des... Orientales.
Patrie de "pure pensée"- toujours selon Hugo -, cet Orient offre aux artistes des thèmes et des sujets qui les entraînent, au-delà des parages trop courus de l'Antiquité ou de la Bible, sur "le territoire de l'inconnu, celui que cherche à explorer tout créateur", ainsi que l'écrit joliment Christine Peltre - membre du comité scientifique de l'exposition -dans l'ouvrage qu'elle a consacré
aux Orientalistes. Et celle-ci de constater ensuite que "cette sorte d'envoûtement reste pourtant impuissant à expliquer l'ampleur et l'intensité de l'orientalisme, qui est devenu au cours du XIXe siècle un élan fondamental de l'art d'Occident."
Tout ce qui est présenté dans l'exposition, ces objets rares, ces pièces uniques,en provenance de l'Orient véritable vont se trouver, encore sublimés, dans
les œuvres des artistes d'Occident.Tel Cavalier mamelouke, de Géricault (Musée du Louvre), telle Fantasia, de Delacroix )Musée de Montpellier) témoignent de cet Orient de rêve alors devenu une sorte d'ailleurs absolu.
Les voyages en Orient succèdent aux voyages en Orient. Mais la part du rêve va de pair avec des réalités plus rudes, avec la résolution de la "question d'Orient", avec la pénétration de l'Orient par l'Occident, avec la création, par l'Occident, d'un Orient "exoticisé" à l'extrême.
Ce sont pourtant, souvent de purs chefs-d'œuvres qui sortent des imaginations débridées d'artistes que l'Orient inspire. Cet "élan fondamental de l'art d'Occident"- complice inconsidéré de l'impérialisme, que dénonçait naguère Edward Saïd - témoigne aussi d'une vigoureuse appétence de connaissance, d'une curiosité puissante, d'un véritable galop de l'âme.

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